Une association liée aux Fraternités de Jérusalem

Interview de frère Pierre-Marie

Conversation avec frère Pierre-Marie, fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem, qui a reçu la demande de la part de l'Église de Paris d'accueillir une régie à Saint-Gervais pour retransmettre les offices en direct. Retour sur une aventure qui dure depuis plus de 10 ans...

1. Des liturgies monastiques retransmises en direct deux fois par jour sur le câble et sur internet, ça n’est pas courant ! Pouvez-vous nous dire pourquoi c’est le cas des liturgies des Fraternités de Jérusalem à Saint-Gervais ?

Voici dix ans, le Cardinal J.-M. Lustiger, Archevêque de Paris, s’est adressé à nos Fraternités Monastiques pour nous demander si nous accepterions de laisser retransmettre nos liturgies sur la toute nouvelle chaîne de télévision KTO qu’il projetait de lancer. Comme il s’agissait d’une demande d’Église et concernant un domaine dont nous reconnaissons toute l’importance pour l’annonce de l’Évangile, nous avons accepté sans réserve. Ainsi avons-nous été conduits à retransmettre d’abord nos trois liturgies quotidiennes (laudes du matin, office du milieu du jour et vêpres – Eucharistie du soir) ; puis, pour des questions de coûts, les deux liturgies du matin et de midi, et la messe du samedi. Il semble que cela représente un record de longévité et de fidélité dans le monde de la télévision puisqu’il s’agit de près de deux heures de direct par jour, depuis plus de dix ans déjà !

Pouvez-vous nous raconter comment et par qui cette demande vous a été faite ?

C’est le premier directeur de KTO, Philippe Delécluse qui est venu nous expliquer plus concrètement en quoi pourrait consister cette collaboration avec l’Église de Paris, effectivement souhaitée par son Archevêque. Nous avons donné notre accord à une seule condition : que ce puisse se réaliser sans cameramen portant leur «Sony» à l’épaule, de la façon la plus légère et la plus discrète possible, soit à partir de caméras miniaturisées, discrètement disposées à l’angle de quelques piliers ou des bas-côtés, de façon à ne troubler en rien le recueillement de la liturgie ; c’est ce qui a été accepté. On maîtrise aujourd’hui parfaitement ce genre de technique et tout le monde, je crois, s’en félicite.

Et pourquoi sur KTO ?

Parce que KTO est, que je sache, la seule chaîne proposant de retransmettre, en plus des émissions qui émaillent ses programmes (plateaux, enregistrements en studio, reportages, retransmissions depuis le Vatican …) une liturgie en français, au niveau de l’Église catholique des pays francophones en tout cas. Et cela, à partir d’un monastère citadin, chantée en polyphonie par des moines et des moniales, à partir d’une église sise au cœur de Paris.

2. Voyez-vous un avantage à cette diffusion en direct ? une possibilité supplémentaire d’évangélisation ?

L’avantage de la diffusion en direct est qu’elle est, en pareil cas du moins, la plus facile et la plus économique à mettre en œuvre. Dans un petit studio installé dans un bureau d’accueil de l’église (c’est d’en faire le sacrifice qui nous a le plus coûté, car nous sommes très démunis, à Saint-Gervais, en salles annexes) une seule personne assume, avec l’aide de la technique en place, le «métier» – si je puis dire – de cadreur, preneur de son, réalisateur, metteur en scène et transmetteur à la régie centrale d’Issy-les-Moulineaux. Actuellement, c’est une jeune femme, Angélina, qui assume à elle seule toutes ces fonctions pendant la semaine, tandis que le samedi (matin et midi), ce sont les frères et sœurs formés pour cela qui s’en chargent. Le direct parle d'autant plus qu’il s'agit d’une émission faite au jour le jour, aux deux ou trois grandes heures liturgiques que l’Église universelle célèbre en chaque «aujourd’hui de Dieu». Les téléspectateurs peuvent ainsi participer à cette prière, à ces célébrations liturgiques qui sont, de ce fait, on ne peut plus «d’actualité.» C’est ainsi toujours nouveau et contemporain puisque célébré au jour J et même à l’heure H, en communion avec toute la catholicité !

3. Des offices filmés chaque jour… n’est-ce pas une gêne pour les frères et sœurs ? Qu’en disent-ils ?

Du fait de la discrétion des caméras, miniaturisées au maximum et disposées de façon à ne provoquer aucune distraction visuelle, on finit par ne plus faire attention au fait que les liturgies sont retransmises. Certes on ne peut totalement en faire abstraction. Mais comme on sait que cela est réalisé pour faire partager la Parole de Dieu, la prière, le chant des psaumes, la célébration de l’Eucharistie, les homélies, au plus grand nombre, on en accepte volontiers l’incommodité. Mais ce n’est ni une contrainte ni une gêne. Nous le vivons, gratuitement et dans la joyeuse obéissance, comme un service d’Église, sachant (tant de lettres peuvent en témoigner) combien cela est apprécié par des milliers de téléspectateurs répartis à ce jour sur les cinq continents et qui deviennent ainsi des fidèles de Saint-Gervais, ou plutôt de l’Église du Christ qui est à Paris.

4. Beaucoup de personnes le souhaiteraient : envisageriez-vous de retransmettre également la messe du soir ?

Pendant plusieurs années, nous avons retransmis les vêpres et la messe du soir. D’abord pour KTO, ensuite pour le CFRT sur leur site internet. Il semble que nombreux soient ceux qui souhaiteraient en France, Belgique, Suisse, Luxembourg, en Afrique francophone, en Asie du sud-est et en Amérique latine, pouvoir recevoir, par ce même biais ou un autre semblable, la messe du jour. On sait dans quel désert spirituel sont retombées, en Occident notamment, nombre de paroisses souvent douloureusement privées d’Eucharisties quotidiennes. Ce serait un précieux service à rendre à toutes ces personnes isolée, seules, malades, coupées de toute célébration eucharistique, que de pouvoir y «participer», au moins par ce biais-là. Peut-être la solution serait-elle à chercher du côté d’internet, une fois assumé le coût d’une telle retransmission. La question me paraît en tout cas valoir la peine d’être étudiée. Si quelque mécène voulait se manifester…

5. Que représente l’association FMJWeb par rapport aux Fraternités de Jérusalem ?

Les Fraternités Monastiques de Jérusalem ont été appelées à l’existence par un souhait du Cardinal Marty suggérant la naissance de «moines de l’an 2000». La conjonction entre ce souhait épiscopal et la proposition, disons plus charismatique, qui lui a été faite de devenir «moine au cœur des villes», a donné naissance à «Jérusalem», le jour de Toussaint 1975. Nous voici déjà au XXIe siècle. FMJWeb s’inscrit dans cette problématique et ce contexte social. Rien n’interdit au monde monastique de dire et de chanter sa foi en Dieu par le témoignage de sa vie et le partage de sa prière, notamment liturgique.. C’est en ce sens que s’inscrit le projet déjà bien lancé de FMJWeb. L’apôtre Pierre lui-même ne nous invite-t-il pas à être toujours prêt à rendre compte de l’espérance qui est en nous ? L’Évangile n’a jamais été enclos dans des frontières. Jésus lui-même ne nous appelle-t-il pas à «être ses témoins jusqu’aux confins de la terre» (Ac 1,8) ? Sans pour autant renoncer à rien d’essentiel de notre vocation monastique.

Cela étant, les frères et sœurs ont pour «métier» essentiel et toujours premier – en plus de leur travail salarié –, la prière et la liturgie. Ce n’est donc pas à eux d’assumer directement le bon fonctionnement d’une telle aventure ! L’association FMJweb a été fondée pour cela. Bien que liée à nos Fraternités monastiques, elle a, sous la vigilance d’un président laïc ami de nos Fraternités, un financement et un fonctionnement parfaitement autonomes. En bonne harmonie et complémentarité, chacun ainsi est à sa place, moines et moniales encourageant largement FMJweb à partager au plus grand nombre les richesses de la liturgie monastique.